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Published: juin 10, 2019, Updated:

Serpula lacrymans

Les moisissures peuvent affecter l’humain de nombreuses manières. Certaines des moisissures les plus courantes peuvent ainsi toucher la nourriture que nous mangeons, ou s’installer dans nos salles de bains et cuisines.

Certaines d’entre elles, comme nous l’avons vu précédemment, peuvent nous rendre malades. Nous allons toutefois aborder dans cet article une moisissure dont la menace est différente, étant donné qu’elle est avant tout un danger pour l’intégrité structurelle de nos bâtiments. Ce champignon, pour résumer, peut en effet “dévorer” la totalité d’une maison ou d’un immeuble.

Son nom: Serpula lacrymans. Cette moisissure gâche l’existence des humains depuis des siècles voire des millénaires: elle est même mentionnée dans la Bible! [1] De nos jours, il s’agit d’un problème très courant en Europe et en Amérique du nord, qui coûte plusieurs centaines de millions de dollars en réparations chaque année.

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Qu’est-ce que Serpula lacrymans??

Serpula lacrymans est un type de champignon qui est connu pour provoquer la pourriture sèche du bois de nombreux bâtiment. Il est extrêmement destructif, et peut se développer sur les structures en bois en dégradant la cellulose qu’elles contiennent. Serpula lacrymans est considéré comme étant le champignon le plus destructeur et le moins contrôlable en Europe, du fait de sa capacité à transporter les nutriments dont il a besoin sur de longues distances.

Ce champignon, par ailleurs, peut se développer aussi dans les zones les plus fraîches du Japon, de la Corée, de l’Inde, du Pakistan, de la Nouvelle Zélande, de l’Australie et du Mexique. En Amérique du Nord, Serpula lacrymans peut se développer dans les zones les plus septentrionales des Etats-Unis d’Amérique et au sud du Canada. Meruliporia Incrassata, un champignon aux apparences et aux effets similaires, à ce sujet, se développera en revanche plus facilement dans le sud des Etats-unis et dans le nord-est du Pacifique [1].

Serpula lacrymans s’adapte très facilement aux structures construites par l’homme, qu’elle peut donc infester très facilement. Elle peut se développer sur de très larges zones, non seulement par ses spores, mais aussi en se développant à l’intérieur du bois infecté [2]. La colonisation des structures en bois se fait rapidement, et se caractérise par l’apparition de cordons mycéliens, aussi appelés rhizophores. Ces structures, semblables à des racines, servent à transporter l’eau et les nutriments aux endroits les plus éloignés de l’organisme. C’est pour cette raison, d’ailleurs, que le champignon est fréquemment surnommé “pourriture sèche”: même le bois le plus sec peut être victime d’une attaque de Serpula lacrymans.

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Le champignon peut ainsi transporter de l’eau sur de longues distances, ce qui va lui permettre de survivre et de commencer à manger le bois. Le terme “pourriture sèche” est malgré tout mal adapté, dans la mesure où Serpula lacrymans va avoir besoin d’une source d’humidité considérable pour que ses spores germent. De plus, les distances sur lesquelles le champignon peut transporter l’eau sont toujours sujettes à débat chez les scientifiques [1]. Fait notable: Serpula lacrymans peut aussi transporter de l’eau sur des surfaces telles que du ciment, de la brique du plâtre dès l’instant qu’ils sont moites. Cela lui permet ainsi d’infecter du bois qui pourrait se trouver éloigné du site originel de l’infection [3].

La température de croissance optimale de Serpula lacrymans est relativement basse – aux alentours de 20°C. Il ne tolère pas des températures supérieures à 30°C sur des périodes prolongées, et meurt si le thermomètre dépasse les 50-70°C sur du bois.

Contrairement aux moisissures qui lui ressemblent, on retrouve assez rarement Serpula lacrymans dans la nature. Il semblerait qu’il a évolué pour coloniser uniquement les structures créées par l’homme. Son espèce “cousine”, Serpula himantioides, par exemple, est très courante dans la nature, et va provoquer sur les conifères une maladie nommée “pourriture brune”. On la retrouve toutefois assez peu dans l’intérieur des bâtiments et décompose le bois bien plus lentement que Serpula lacrymans.

Les spores de Serpula lacrymans

Comme toutes les moisissures, Serpula lacrymans se reproduit en relâchant des spores en très grand nombre. On estime ainsi qu’un basidiocarpe de 100cm² produit 50 millions de spores en 10 minutes [4]. Ces spores sont très légères, et peuvent donc être transportées par les vent, leur donnant la possibilité de voyager sur de très larges distances.

Les spores de Serpula lacrymans germent lorsque l’humidité de l’atmosphère est élevée (plus de 95%) et lorsque l’humidité d’un bois dépasse 30%. Une fois germées, ces spores sont résistantes à la sècheresse, et peuvent ainsi rester viables pendant plusieurs années [5].

Contrairement à la plupart des spores fongiques, les spores de Serpula lacrymans ne sont pas des allergènes majeurs. Bien qu’elles aient été associées à des affections comme l’alvéolite allergique [6], ces espèces de moisissures demandent de la cellulose pour se développer, et ne sont par conséquent pas pathogènes pour l’humain.

Identifier Serpula lacrymans

Ce champignon développe un mycélium de couleur bronze ou brune. Il se développe uniquement accompagné de son cordon mycélien, dont l’épaisseur peut atteindre les 2 cm, formant des organes de fructification semblables à des crèpes, qui vont produire des spores de couleur rouge rouille. Lorsque le champignon dégrade et élimine la cellulose d’un bois, il laisse derrière lui de la lignine, ce qui produit le flétrissement du bois contaminé, dont la couleur va s’assombrir. On surnomme pour cette raison les champignons de la famille Serpula “pourriture sèche”.

Etant donné que les différents types de pourritures sèches sont difficiles à distinguer, la plupart des méthodes modernes d’identification vont faire appel à des méthodes moléculaires, comme des analyses moléculaires ou de l’ADN [1].

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Les risques liés à la santé de Serpula lacrymans

On connaît actuellement assez peu de choses sur les effets sur la santé humaine de Serpula lacrymans. Pour des raisons compréhensibles, en effet, les analyses menées se focalisent essentiellement sur les effets sur le bois du champignon. Comme nous le mentionnions plus haut, elle a cependant été associée à l’alvéolite allergique [6]. Par ailleurs, étant donné que Serpula lacrymans transporte l’eau dont il a besoin sur de larges distances, il peut, par ricochet, offrir des conditions favorables au développement d’autres moisissures, notamment celles dont l’effet sur la santé est reconnu.

L’étude de nombreux bâtiments infectées par Serpula lacrymans a permis de révéler qu’ils étaient infestés par une forte diversité de moisissures et de fortes concentrations de spores fongiques, y compris dans des pièces qui n’étaient, en apparence, pas touchées par la pourriture sèche. [7]

Traiter Serpula lacrymans

Avant toute chose, traiter Serpula lacrymans va exiger d’identifier et de corriger tous les problèmes liés à l’humidité dans votre maison, étant donné qu’ils ont pu permettre le développement du champignon. Des fuites dans la toiture ou les gouttières, un sol mal nivelé, des infiltrations d’humidité à travers les murs, un mauvais écoulement des eaux, une mauvaise ventilation ainsi que de nombreux problèmes de plomberie peuvent être à l’origine du développement de Serpula lacrymans. Tout traitement va, par ailleurs, être inefficace si ces problèmes initiaux ne sont pas traités correctement. Le champignon pourra alors réapparaître facilement, particulièrement si son environnement immédiat est riche en spores.

Dans de nombreux cas, procéder aux réparations vous permettra, à terme, d’éliminer le problème, surtout si l’infestation est de faible taille. Si les bois et la maçonnerie qui les entoure sont maintenus secs, et si l’ensemble du bâtiment est bien ventilé, alors que les températures restent élevée, le champignon va lentement se rétracter avant de mourir. Toutefois, dans certains cas, il sera nécessaire de prendre des mesures directes pour éliminer et retirer Serpula lacrymans, de nombreuses manières.

Les opérations de traitement et d’assainissement peuvent coûter cher, notamment dans les bâtiments les plus grands. Pour résumer, le travail va consister à retirer tous les bois infectés (ainsi que plusieurs mètres de bois sain qui pourraient se trouver à leurs côtés) pour être remplacés. Tous les autres matériaux contaminés (ciments, plâtres, etc.) doivent eux aussi être éliminés et remplacés. Il existe, en fonction de la situation, d’autres méthodes de traitement, notamment chimiques, par la chaleur, ou même par ondes électromagnétiques. De même, il est possible de faire appel à des méthodes biologiques, notamment en utilisant à certaines moisissures comme Trichoderma [1].

Cependant, toutes ces méthodes ont leurs inconvénients. Les traitements chimiques sont critiqués parce qu’ils peuvent être dangereux pour les animaux, végétaux et humains se trouvant à proximité de la zone traitée. Le traitement par la chaleur, lui, est souvent rendu impossible par les besoins en énergie dont il a besoin, et par le fait que de hautes températures au coeur d’une pièce de bois épaisse ne peuvent être atteintes sans endommager son extérieur.

Le traitement par ondes électromagnétiques, lui, est risqué si le bois contaminé contient des pièces métalliques. Le traitement à l’aide de Trichoderma, lui, est sujet à controverses [1]. Les choix d’assainissement devront donc être envisagés au cas par cas.

Les infestations de Serpula lacrymans les plus importantes se produisent souvent dans des bâtiments anciens, voire historiques, particulièrement s’ils ont été délaissés, abandonnés, ou victimes d’incendies avant d’être aspergés d’eau. Toutefois, on peut rencontrer le champignon dans n’importe quel type de moisissure dès l’instant que les conditions nécessaires au développement de Serpula lacrymans sont réunies. Il est donc conseillé de surveiller ses taux d’humidité, et de résoudre tout problème qui pourrait y être lié le plus rapidement possible.

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Comment éliminer Serpula lacrymans?

Serpula lacrymans peut provoquer de nombreux dégâts et peut s’avérer coûteux à éliminer complètement. Comme pour de nombreuses autres moisissures, la prévention est préférable à la répression. Il est donc important de maintenir sa maison aussi sèche que possible, et de résoudre tous les problèmes d’humidité dès qu’ils apparaissent.

Si vous avez détecté chez vous de la pourriture sèche, la première étape va consister à identifier correctement la moisissure, étant donné que son type va influencer la nature de l’assainissement à effectuer. Plus tôt vous entreprendrez ce travail, plus il sera simple de tuer le champignon en utilisant des méthodes environnementales, comme par exemple assécher la zone, diminuer l’humidité et augmenter l’aération.

Il est évident qu’il s’agit d’un champignon que vous ne pouvez pas traiter par vous-même. Il peut en effet causer des dégâts importants s’il est mal traité, alors qu’il est très facile de commettre des erreurs en sa présence. Rater des fuites dans vos canalisations ou votre toiture, par exemple, est très simple lorsque vous n’êtes pas formés pour les détecter, et peut vous coûter cher au final si Serpula lacrymans en profite pour se développer.

Dans tous les cas, si vous découvrez des dommages dans les bois de votre maison, et que vous n’êtes pas sûr s’il s’agit de termites, de pourriture sèche ou d’autre chose, il est alors préférable de faire inspecter votre propriété par un professionnel. À ce sujet, Mold Busters propose des tests complets de moisissures et de champignons. Nous sommes par ailleurs équipés des dernières technologies et maîtrisons des connaissances de pointe nécessaires pour identifier et éliminer tout type de moisissure. Appelez-nous dès maintenant pour prendre rendez-vous.

Sources

  1. Schmidt O (2007). Indoor wood-decay basidiomycetes: Damage, causal fungi, physiology, identification and characterization, prevention and control. Mycol Prog. 6:261–279.
  2. Balasundaram SV, Hess J, Durling MB, Moody SC, Thorbek L, Progida C, LaButti K, Aerts A, Barry K, Grigoriev IV, Boddy L, Högberg N, Kauserud H, Eastwood DC, Skrede I (2018). The fungus that came in from the cold: dry rot’s pre-adapted ability to invade buildings. ISME J. 12(3):791-801.
  3. Ridout B (1985). Dry Rot an Alternative Approach. Architect’s Journal. pp. 69-72
  4. Engh IB (2010). Evolution of the dry rot fungus Serpula lacrymans and its allies. Doctoral dissertation. University of Oslo.
  5. Ridout B (2000). Timber decay in buildings. The conservation approach to treatment. E & FN Spon, London.
  6. Bryant DH, Rogers P (1991). Allergic alveolitis due to wood-rot fungi. Allergy Proc. 12(2):89-94.
  7. Pottier D, Andre V, Rioult JP, Borreau A, Duhamel C, Bouchart VK, Richard E, Guibert M, Verite P, Garon D (2014). Airborne molds and mycotoxins in Serpula lacrymans-damaged homes. Atmos Poll Res. 5:325–334.

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